Démonstrations de rapaces

Au premier abord, on pourrait croire que les démonstrations de rapaces n’ont pas d’impacts négatifs sur les oiseaux, du moins pas autant que d’autres attractions puisqu’ils peuvent voler sans être attaché et reviennent sur la main de la personne qui s’occupe d’eux. Ils nous émerveillent par leur splendeur et leur vivacité et évoquent pour nous la liberté.

Cependant, les spectacles de rapaces auraient dû être interdit au même titre qu’on l’a été l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques en 2013 en Belgique (rendant le pays pionnier en la matière). Aujourd’hui, 18 pays de l’Union Européenne ont légiféré en ce sens et devraient être rejoint par le Royaume-Uni cette année.

En effet, l’imaginaire suscité par le vol majestueux de ces oiseaux de proie nous ferait presque oublier qu’ils sont, le reste du temps, attachés ou enfermés dans une cage ou un enclos en dehors des représentations.

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En Belgique, parmi les infrastructures répertoriées en tant qu’attractions touristiques par 365 pour la Wallonie et Bruxelles et Riedebedie pour la Flandre et hors spectacles itinérants (dans les foires médiévales par exemple), six d’entre elles proposent un spectacle de « fauconnerie », selon leurs mots.

Fauconnerie entre guillemets, car les vrais fauconniers s’accordent à dire que ces spectacles n’ont pas grand-chose de commun avec l’art de la chasse au vol, reconnu par l’UNESCO en 2016 en tant que Patrimoine Culturel Immatériel. Cette pratique daterait d’au moins 5500 ans et est un mode de chasse officiel comme l’est la chasse à tir (la chasse à cour, actuellement en pleine controverse en France, est interdite en Belgique).

Pratiquée à l’époque pour se procurer de la nourriture, elle perpétue aujourd’hui une tradition. De nos jours, les faucons sont parfois mis à contribution pour chasser les pigeons et autres oiseaux du tarmac afin d’éviter les accidents.

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La position des associations telle que la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux ou Natagora est sans appel ; à défaut de contrôles suffisants des conditions de captivités et des démonstrations de vol, et cette pratique ne pouvant coïncider avec le respecte du bien-être des rapaces, l’interdiction totale des démonstrations est souhaitée. La (vraie) fauconnerie n’est pas concernée par cet avis.

Ce n’est pas pour rien:  l’Association Nationale de Fauconnerie en Belgique (le Club Marie de Bourgogne) défend son art et compare les démonstrations de rapaces à la fauconnerie comme la chasse pourrait l’être au tir aux clays. Pour preuve, selon les informations présentes sur leur site, les conditions à remplir pour détenir un oiseau de proie sont les suivantes:

« Il faut disposer de terrains pour lesquels le fauconnier est titulaire d’un droit de chasse ou reçoit la permission de voler: au moins 50 à 100 hectares pour faire voler des oiseaux de bas-vol (Autour, Epervier ou Buse de harris) et plusieurs centaines d’hectares pour les oiseaux de haut-vol (Faucons). »
« Il faut une installation conforme aux traditions de la fauconnerie pour héberger l’oiseau chez soi. Un oiseau de fauconnerie ne se met jamais en cage. Une pelouse doit lui être réservée où il sera jardiné le jour. La fauconnerie, une pièce claire et sèche, où il est possible de faire l’obscurité, permettra de l’y abriter la nuit et les jours de mauvais temps. »
« Tout oiseau doit voler au moins tous les deux jours sinon tous les jours. »
« Parmi les rapaces diurnes et nocturnes, seul un nombre limité d’oiseaux peut être employé en fauconnerie. Deux groupes principaux de rapaces diurnes présentent un intérêt significatif pour les fauconniers. D’abord, les Falconidae, incluant les faucons et ensuite les Accipitridae, comprenant les autours, les buses, les éperviers et les aigles. » (note : les hiboux par exemple font parties de la famille des Strigidae)
« Les oiseaux utilisés en fauconnerie ne proviennent pas de la nature mais de l’élevage en captivité, ils sont tous munis de bagues fermées et conformes à la législation en vigueur … »

A contrario, les recommandations qui régissent les conditions de détentions des rapaces en captivité ne sont pas aussi clémentes. L’avis du Conseil Bruxellois du bien-être animal du 8 octobre 2009, à propos des « Rapaces détenus en captivité » (incluant leur utilisation à des fins de démonstrations dans un cadre touristique) le démontre. Bien qu’un certificat d’aptitude soit nécessaire aux activités en dehors de la volière (« Une formation ou un auto-apprentissage sanctionnés par un examen à organiser par l’Autorité fédérale concernant les besoins biologiques et le fonctionnement des rapaces dans tous ses aspects est obligatoire »), les conditions de détention ne semble pas optimales et de nombreuses exceptions rendant les exigences plutôt floues parsèment le texte :

« Volières préférables, (possibilité, certes limitée, de voler sans risque excessif de s’échapper.) »
« Les dimensions des cages sont définies sur la base de deux fois l’envergure moyenne par espèce à l’âge adulte. Des tolérances peuvent être consenties sur la base de la taille réelle des oiseaux hébergés. (Il convient toutefois d’accorder une attention particulière à la forme et au volume des volières en fonction des besoins biologiques des rapaces) »
« Dans les cages ou volières, l’environnement doit faire l’objet d’améliorations afin de répondre aux besoins physiologiques des oiseaux » […]De préférence, la construction doit s’effectuer à parois pleines afin d’éviter les lésions corporelles et/ou des dispositifs limiteurs de vitesse doivent être installés. Une luminosité, une visibilité et une ventilation suffisantes, ainsi que des bains d’eau et de poussière sont à prévoir, sans oublier les aspects liés à l’alimentation. (article 4 de la Loi relative au bien-être des animaux du 14.08.86 : […] alimentation, des soins et un logement qui conviennent à sa nature, à ses besoins physiologiques et éthologiques, à son état de santé et à son degré de développement, d’adaptation ou de domestication. […] § 2. Aucune personne qui détient un animal, en prend soin, ou doit en prendre soin, ne peut entraver sa liberté de mouvement au point de l’exposer à des douleurs, des souffrances ou des lésions évitables. […] Un animal habituellement ou continuellement attaché ou enfermé doit pouvoir disposer de suffisamment d’espace et de mobilité, conformément à ses besoins physiologiques et éthologiques. »
« En ce qui concerne l’application de techniques de fauconnerie, une distinction est à établir entre l’hébergement pendant et en dehors de la saison de chasse, ou de la période où les oiseaux dressés évoluent régulièrement en vol libre, […] L’hébergement lors d’expositions et de démonstrations doit lui aussi tenir compte des principes à la base du présent avis, mais avec une tolérance raisonnable compte tenu du bref laps de temps de telles activités, pour autant que le bien-être animal soit respecté. »

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Les démonstrations de rapaces ont différentes incidences:

La plus positive est un argument valable: observer des animaux éveille notre curiosité et notre intérêt pour la conservation des espèces. Les démonstrations devraient d’ailleurs légalement être dans l’obligation d’avoir une finalité éducative et informative, d’après l’avis du Conseil du Bien-être Animal Bruxellois.

Toutefois, comme l’écrit Natagora, elles engendrent « une vision faussée de la vie des rapaces et peuvent induire des comportements qui s’opposent à leur protection efficace. Le plus souvent, ces démonstrations n’ont qu’un but purement commercial et ne permettent que rarement aux oiseaux d’évoluer naturellement. Elles n’enseignent donc, en tout cas, certainement pas le respect de l’animal sauvage. » […] »Par ailleurs, pour notre association, connaître un animal, c’est surtout le voir évoluer dans son milieu naturel où il interagit avec son environnement. Un oiseau de proie attaché puis volant sur quelques mètres devant le public ne montre rien de son comportement naturel. « 

Les conséquences négatives sont multiples. Par rapport aux visiteurs, cela peut être l’envie de posséder un oiseau (comme ça a été le cas pour le poisson clown après la diffusion de Nemo alors même que le message du film était contraire à cela). D’après le Conseil Bruxellois, la vente est interdite sur les lieux de spectacles, ce qui permet au moins d’éviter un achat compulsif, mais la remise de documentation est autorisée. Or, les conditions de détentions pour un minimum de bien-être sont très contraignantes, bien que l’avis du Conseil soit, lui, très souple…

Par rapport aux oiseaux, la provenance du rapace peut poser problème, comme le souligne Natagora: bagues truquées, commerces illégaux, récolte d’œufs, prélèvement de juvénile, …

De plus, ces spectacles utilisent des oiseaux qui ne devraient pas l’être en fauconnerie afin d’impressionner le public (vautour, hibou, …). Un animal nocturne (comme la chouette et le hibou) ne devrait pas participer à ces spectacles. Le pire reste les démonstrations itinérantes, qui n’offrent pas des conditions un minimum adaptées pour ces oiseaux.

Afin d’éviter ces dérives, il faudrait de meilleurs contrôles et l’interdiction d’utiliser des rapaces en dehors de la fauconnerie (couplée à l’interdiction d’emprisonner ces oiseaux, qui ne pourraient alors même plus voler) ainsi qu’une meilleure visibilité des activités alternatives.

A défaut d’interdiction, les associations insistent sur plusieurs points:

  • aux conditions de détention afin d’éviter l’enfermement de longue durée dans de petites cages, ou le maintien attaché pour des durées très longues. Ces pratiques sont fréquemment à l’origine de blessures, de plumes cassées voir de comportements agressifs.
  • à la condition physique des oiseaux : en fauconnerie, les oiseaux doivent être en parfaite condition physique pour pouvoir chasser et sont régulièrement entraînés. C’est peu le cas pour les oiseaux de démonstration.
  • au stress exagéré auquel ces oiseaux sont soumis : le public est souvent nombreux et bruyant, les oiseaux sont entourés de près ou même caressés. Conditions d’autant plus inacceptables pour les rapaces nocturnes qui subissent un bouleversement de leur rythme biologique et le stress de l’exposition à la lumière du jour.
  • aux abus des techniques d’affaitage. C’est le cas du placement sur de longues périodes d’un chaperon sur la tête de l’oiseau couvrant les yeux afin de le maintenir calme ou le jeûne exagéré qui permet de manipuler facilement l’oiseau à l’aide de nourriture. • à l’alimentation : la qualité de la nourriture d’un rapace captif doit être variée et non pas réduite à des poussins d’un jour comme c’est souvent le cas
  • inciter le public à détenir captifs des animaux sensibles et protégés.

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En Belgique, les infrastructures proposant des démonstrations de vol de rapaces (faussement appelées fauconnerie) sont les suivantes :

  • Le Monde Sauvage, qui présente faucon crécerelle, aigle, condor, buses, hiboux, chouettes, vautours et milans (60 rapaces en tout) dans un spectacle de trente minutes. Le texte présent sur leur site laisse penser que les rapaces sont désireux de montrer aux humains leur savoir-faire, alors qu’on les empêche de voler le reste du temps, et parle d’un environnement naturel alors qu’ils sont emprisonnés, de fauconnerie alors qu’ils qu’utilisent des vautours, des hiboux, des chouettes.
  • Planckendael
  • Pairi Daiza: leur texte présente les démonstrations comme fascinantes et séduit le public en précisant que les oiseaux passeront juste au-dessus de leur tête ou à côté de leurs pieds, tout en rassurant le spectateur qu’il ne craint rien. Ils utilisent des aigles, buses, faucons, vautours et condors. C’est un des spectacles qui attirent le plus de visiteur à l’intérieur d parc. Il parle d’initiation à la fauconnerie et de rapaces en vol libre. Les représentations ont lieu tous les jours de la semaine
  • Le Domaine de Palogne
  • Le château de Bouillon
  • Bellewaerde

Le nombre de représentations varient selon le lieu et la saison entre une et quatre par jour et dépend de la météo.

Les espèces utilisées sont les aigles, les buses, les faucons, les hiboux, les chouettes, les vautours (aussi le milan, milan à bec jaune, le faucon crécerelle, condors, buse aguia, buse de harris).

Pourtant, des alternatives existent, comme le montre Natagora: « Il existe d’ailleurs des alternatives plus pédagogiques qui permettent l’observation des rapaces tout en respectant leur bien-être : l’association Faucons pour tous, les visites de CREAVES ou les formations Aves-Natagora dont certaines sont dédiées aux rapaces et proposent des sorties de terrain guidées. Natagora encourage le public à découvrir les oiseaux dans leur environnement, une expérience d’autant plus riche qu’elle sera naturelle. »

Nous avons la chance d’avoir des activités alternatives pour les découvrir dans un cadre vraiment naturel, ce qui augmente l’absence d’excuses valables de perpétuer les démonstrations de rapaces hors de ces structures.

 

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Ma position : Je suis contre l’exploitation des animaux, contre leur emprisonnement, contre l’utilisation d’animaux pour générer du profit. A moins qu’il s’agisse d’un centre de revalidation qui a besoin de revenu pour maintenir son activité et donc sauver des animaux par exemple, ce qui est loin d’être le cas ici. Je suis mitigée par rapport à la fauconnerie. La chasse au vol est officiellement reconnue comme mode chasse, comme l’est la chasse à la cour par exemple et je suis contre la chasse.

Je comprends le souhait de se sentir proche d’un animal et j’imagine la sensation d’être proche d’un animal sauvage, qui plus est, mais je ne comprends pas l’intérêt de la chasse pour les humains. Certes, un oiseau de proie est un chasseur et c’est un comportement propre à son espèce, jamais je ne reprochais à un oiseau de se nourrir, comme je ne reprocherais pas à un lion de manger des lionceaux, chaque espèce à ses propres « règles », parfois loin des conventions morales humaines. Mais à ce que j’ai compris, il doit chasser ici pour le plaisir de l’homme. Le plaisir de chasser et peut-être le plaisir d’admirer l’oiseau utiliser ses capacités intrinsèques et le voir revenir vers soi. Au moins dans ce cas là, il n’y a pas de public à amuser. Toutefois, je ne suis pas pour l’utilisation des animaux. Un animal sauvage en bonne santé appartient à son milieu et non à la main de l’homme.

Les personnes qui utilisent les rapaces pour amuser et impressionner le public le font sans doute pour de multiples raisons : les faire découvrir au plus grand nombre, par passion pour ces oiseaux (avec un manque de discernement par rapport à la réalité dans ce cas, qui est bien commun malheureusement, comme on le retrouve dans l’industrie de la viande), pour vivre (c’est leur métier), … Il est à mon sens temps qu’elles prennent conscience des conditions et des besoins de l’oiseau tout comme l’a fait Ric O’Barry, l’entraîneur du dauphin Flipper, qui milite aujourd’hui contre la captivité des cétacés.

Je ne suis pas biologiste (j’aurais aimé) mais un constat des plus simples me vient à l’esprit : un oiseau à des ailes, il est fait pour voler. Il a des capacités physiologiques différentes de nous et n’est en aucun cas fait pour rester attacher. Un oiseau nocturne n’est pas fait pour voler en plein jour, un oiseau furtif n’est pas fait pour se donner en spectacle face à une foule (pour moi cela ressemble à une arène avec tout ce que cela sous-entend) ou marcher sous les jambes d’enfants pour les divertir…

Dans la mesure où des alternatives existent et sont accessibles, une meilleure information et visibilité permettrait sans doute de diminuer le nombre de spectateurs et ainsi diminuer les représentations.

J’ai mis en source des articles aussi bien pro que contre ces démonstrations. A chacun de se faire son propre avis.

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Sources :

Faut-il interdire les spectacles de fauconnerie? (L’Avenir 08.04.15)

Lettre du CDH et réponse du Ministre du bien-être animal en Wallonie (06.05.15)

Les associations de protection de la nature et du bien-être animal sortent les serres contre les démonstrations de rapaces (19.02.16)

Position de Natagora sur les démonstrations de rapaces  (11.17)

Club Marie de Bourgogne (Association Belge de Fauconnerie)

Avis du Conseil Bruxellois du bien-être animal: “Rapaces détenus en captivité” (08.10.09)

La fauconnerie, un patrimoine humain vivant (UNESCO)

Article sur l’art de la fauconnerie – Patrimoine Vivant Wallonie Bruxelles

Cirques: ces 18 pays de l’UE qui interdisent les animaux sauvages (RTBF 10.01.18)

Des faucons contre les oiseaux à Charleroi (La Libre 23.03.10)

Images libres de droit (Pixabay)

Consultées le 26 février 2018

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